Mali : EIGS, une mafia terroriste

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Il convient de rappeler que les membres des mafias sont des délinquants aux yeux de la loi de leur pays mais que les djihadistes de l’EIGS sont des combattants. Cette nuance mérite d’être soulignée. Cependant en analysant l’organisation et les pratiques de l’EIGS au Mali, on observe des similitudes troublantes avec les organisations mafieuses siciliennes ou même russes. En effet, l’idéologie religieuse de cette organisation terroriste semble être une façade.

Dans le droit pénal italien, la mafia est définie par la mise en place d’un système d’intimidation. Par ailleurs, ce type d’organisation émerge lorsqu’un système économique, social et pénal connaît des difficultés. Les normes sociétales et légales sont alors remplacées localement par d’autres normes. La raison est simple : « la nature a horreur du vide ». C’est clairement le cas dans certaines régions.

L’EIGS tout comme la mafia, impose son pouvoir sur un territoire de différentes manières.

Telle une mafia, L’EIGS impose ses règles et sanctionne ceux qui ne les respectent pas. Ces sanctions sont assez nombreuses et peuvent aller de l’imposition d’un accoutrement à l’exécution en passant par l’interdiction de choses essentielles telle que l’éducation. Si les règles sont transgressées les sanctions sont radicales (main coupée, lapidation ou exécution).

La Mafia prélève des  « impôts » sur les activités commerciales en échange d’une « protection ». Celui qui ne paye pas pour sa protection voit ses biens volés ou pire son commerce saccagé. Ce prélèvement de l’impôt s’apparente avec ce qui est exigé par les terroristes (« zakat »). Si elle n’est pas payée, le bétail et les biens sont volés.

Les deux organisations profitent d’une jeunesse désœuvrée.

Mafia et EIGS désirent enrôler, une population jeune, défavorisée, qui cherche à travailler et à s’élever socialement. Le jeune n’a donc pas d’autre option que de rejoindre les rangs d’une organisation criminelle. En s’enrôlant, il sait qu’il risque de mourir et de se voir exclure de sa communauté (voire de sa famille). Une seule certitude, ce sera une vie de violence et de servitude.

Les problèmes de ces organisations sont assez similaires : les dissensions internes, les complots et l’élimination de témoins gênants, de membres accusés de traitrise ou de ceux souhaitant quitter les rangs sont quotidiens. D’ailleurs il n’est pas possible pour les jeunes de quitter ces organisations. S’ils décident de partir, il leur faut accepter les menaces et les pressions. Leur vie et celles de leurs proches sont en jeu.

Des différences notables entre les mafias et l’EIGS.

La grande différence entre les deux types de fonctionnement reste le traitement des « combattants ». La Mafia va économiser ses hommes. C’est un système à la fois clanique et familial. Les membres nouent des liens aussi forts que ceux du sang. Quand l’un d’entre eux meurt, il a le droit à des funérailles dignes. A l’inverse, les combattants de l’EIGS sont de la chair à canon. Quand ils meurent, c’est dans l’indifférence générale et ils sont vite remplacés.

Par ailleurs, la mafia sait que pour commercer et garder le contrôle du territoire, il faut que la population ait un intérêt à se taire voire à la soutenir. Ainsi, on note que bien souvent, un système social et solidaire est mis en place. Parfois, même il y a une certaine forme de redistribution des richesses. Au contraire, l’EIGS fait taire la population en créant la terreur et en utilisant la violence.

Ainsi et quand bien même il ne faut pas passer sous silence la violence et les crimes commis par les mafias. L’EIGS est une organisation de type mafieuse ultra violente qui agit non seulement contre ses rivaux (le JNIM) mais aussi et surtout contre la population en trouvant des justifications fallacieuses dans le Saint-Coran.

Les exactions commises par l’EIGS illustrent ses propres faiblesses et ses propres difficultés. L’absence totale de projet et d’avenir, les dissensions internes, l’absence de soutien véritable de la population et les exactions commises ne peuvent, sur le long terme, que conduire à l’auto-destruction d’un mouvement déjà largement fragilisé par la trahison et la perte de nombreux chefs.

Mamadou Bare

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