Mali: La démocratie a-t-elle un prix ?

Contrairement à beaucoup de démocraties, la démocratie malienne est une démocratie arrachée le 26 mars 1992 par des hommes et des  femmes qui se sont donnés à l’occasion. En menant une telle révolution, ils savaient que ce n’était pas sans risque ; que la mort les attendait. Ils se sont donnés en connaissance de cause.

En ce jour d’honorer leur mémoire, le coronavirus nous place dans la même position que ces martyrs en l’occurrence des élections législatives de 2020. Boycotter ces élections ne serait-il pas déshonorer leur mémoire ? Certains pourraient répondre avec l’infirmatif en défendant que la vie, la santé priment sur l’élection, la démocratie. Et si les martyrs du 26 mars s’étaient abstenus aussi de faire la révolution en justifiant la mort qu’elle en résultait ?

La démocratie arrachée, la démocratie du sang n’est pas une fin en soi. Elle se consolide et concrétise au fil du temps par des actions héroïques. C’est pourquoi, des voix qui s’élèvent en faveur du report des élections législatives semblent méconnaître la construction démocratique d’un pays pour quelques raisons qui suivent.

Primo, l’argument selon lequel la vie humaine prime sur l’élection n’est pas tenable, parce que l’Etat est aussi une personne qui possède une vie. L’Etat, en tant que personne morale du droit public, vit à travers ses Institutions. Sans elles, il ne sert à rien. Au Mali, elles sont au nombre de huit (8) selon la Constitution du 25 février 1992. Parmi ces Institutions, l’Assemblée Nationale est la troisième la plus importante après le Président de la République et le Gouvernement.

Sans une Assemblée Nationale, on ne saurait parler de démocratie, donc de l’existence d’un Etat de droit. Alors, aucune circonstance exceptionnelle y compris le coronavirus ne doit périr les fondamentaux d’un Etat. La vie de l’Etat, en l’occurrence les élections législatives, doit être défendue au même titre que la vie des personnes physiques du droit privé.

Secundo, un dicton ne dit-il pas que c’est dans les moments difficiles qu’on connait ses vrais amis ? Si vous pensez appliquer la démocratie en temps de tout va bien et la suspendre en temps de tout va mal ; alors vous n’avez rien compris de la démocratie. Car c’est dans les moments difficiles qu’on la fortifie, qu’on la défend. Aucune grande démocratie dans le monde ne s’est construite en temps de paix. Si nous rêvons devenir une grande démocratie, il va falloir la défendre en faisant des concessions, même au péril de notre vie.

Tertio, l’organisation de toute élection exige des milliards d’investissement par l’Etat. Son report à quelques jours près pourrait entraîner une perte énorme. Certains diront que la vie humaine est plus importante que l’argent. Mais, il n’est secret pour personne que combien de vies humaines l’argent peut sauver, pas moins que contre ce coronavirus.

Pour finir, les élections législatives maliennes de 2020 nous mettent face à un défi : le défi de mesurer la conviction de la démocratie de la génération contemporaine par rapport à la génération qui s’est sacrifiée pour l’arracher, celle de 1992. Ils ont porté le manteau de la démocratie dans le sang. Et nous ?  Saurons-nous pouvoir le conserver dans le sang ?

Denis  KAMATE

Spécialiste en Droits de l’homme et Justice internationale

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