Mali : L’espoir par la transition

Chaque citoyen malien qui meurt est une triste nouvelle et une grande perte pour toute l’Afrique. Trop c’est trop, le sang a coulé et les populations ne savent plus à quel saint s’accrocher pour vivre mieux. L’avenir est sombre et incertain. En plus du chômage qui sévit dans toutes les composantes démographiques et de la paupérisation qui galvanise des braquages et des actes de délinquance de toutes sortes, des meurtriers à la gâchette facile roulent leur bosse et continuent à tirer des armes illégitimes.

Les balles sifflent comme des vipères et font des victimes, sans oublier les actes sacrilèges qui ont abîmé à Tombouctou les mausolées dans le cimetière des saints de référence que l’unesco a inscrit dans l’ordre des héritages du patrimoine international. Un changement sain est vivement attendu. C’est avec la peur au ventre que les survivants vaquent à leurs occupations quotidiennes. On n’est jamais sûr de voir le soleil se coucher quand on se lève le matin et il n’est jamais certain de voir la lumière de l’aube quand on s’alite le soir.

La certitude d’être en vie est une denrée rare, voire une aubaine des anciens temps bien révolus. C’est dans l’entente et la mixité que les Maliens peuvent déraciner la calamité insatiable. Avec la participation de tous et de toutes, l’avènement d’un paysage agréable n’est pas impossible.

Espérons que le nouvel homme fort saura donner un exemple parfait. Le coup de balai qu’il a jugé bon d’actionner par l’intermédiaire des armes ne doit pas être complaisant avec les marchands de vices et les partisans du despotisme qui excellent en matière d’insalubrité. Le coup d’Etat du colonel Assimi Goïta a été salué par la majorité, même s’il y a une minorité qui désapprouve.

Une chose est claire, est légitime quand survient un coup de force qui renverse un despote qui se permet de torpiller les articles de la constitution pour régner à vie comme s’il était le seul compatriote à avoir le talent de gouverner. Les critiques ne manquent pas dans le contexte que nous traversons. Certes, mais s’il y a des reproches à faire, c’est mieux de les exprimer à l’encontre des bassesses du président fallacieux et de ses compagnons de démagogie que de les adresser à l’auteur d’un putsch. Un coup d’Etat est toujours le bienvenu, c’est l’ultime recours que les peuples déçus réclament pour amputer les maladresses des dignitaires qui se fourvoient au sommet de la présidence.

Le Mali a été trahi par ses propres enfants. Du président Alpha Konaré à son successeur Ibrahim Aboubacar Kéita, en passant par Amani Toumani Touré, tous sont responsables et chacun risque d’avoir la conscience assiégée par les fantômes des innocents qui sont morts du foisonnement des groupes terroristes. Il n’y a pas d’avenir pour un peuple dans un pays sans avenir, disait Norbert Zongo quand il écrivait sur la mauvaise gouvernance du président Blaise Compaoré qui s’est exilé en Côte d’Ivoire à la suite d’une insurrection populaire qui l’a enlevé du pouvoir. Les tragédies au Burkina et au Mali ne viennent pas des causes récentes mais des causes plus anciennes.

Les anciens dirigeants sont responsables. Tous les présidents africains se ressemblent par leurs tares, leurs crimes, leurs hypocrisies, leurs cynismes et, évidemment, par la boulimie qui les pousse à des actes exorbitants. En apparence, ils aiment le peuple qu’ils exploitent à des fins électoralistes mais seul le pouvoir les intéresse, en réalité. Peu après l’investiture présidentielle à la suite d’une victoire entachée de fraudes, ils ne tardent pas à quitter les voies normales de la démocratie pour s’atteler à la politique politicienne.

L’actuel gouvernement transitoire n’a pas le droit d’obéir à la même perversion s’il est vrai que les ministres ont la foi de bâtir le Mali pour une vie future comblée d’espérance. Les efforts doivent se consacrer à des initiatives dynamiques qui conduisent à une accalmie et à une harmonie définitive. Il est temps de mettre fin aux massacres et de réhabiliter la république malienne dans son unité nationale et dans l’équilibre d’autrefois.

Oh seigneur ! Les cloches ont sonné dans les églises chrétiennes et les minarets ont résonné de la voix des muezzins. Partout, des prières ont été organisées. Mais, rien. Aucun changement ne pointe à l’horizon. La foi est-elle inapte ? Peut-être, Dieu n’entend pas les implorations dans un pays où les zizanies divisent chaque jour les fils d’une même contrée. A quand la fin de cette fatalité ?

Toutes les couches sociales doivent être arrimées sur la raison et la loyauté pour instaurer des conditions prospères sur toute l’étendue du territoire. La sécurité nationale est un impératif. Si l’on constate que le Mali traverse plusieurs mois de lassitude, il est indéniable que le fardeau pèse sur ses voisins. Tout le monde a raison de se plaindre du malaise qui perdure. Les mêmes conséquences procèdent des mêmes principes. Le feu qui ravage le toit malien étend sa taille dans l’espace et dans le temps. La propagation des flammes funestes fait des dégâts irréparables dans d’autres pays.

Dans cette apocalypse, Assimi Goïta prétend avoir un remède militaire. Sa promesse est belle, c’est noble mais il y a lieu de douter aussi. Ainsi, a-t-on de la peine à croire, même si le gouvernement s’identifie à un regain de l’espoir national. Bref, le temps est le meilleur juge et l’avenir nous en dira long.

Le moins que l’on puisse dire pour le moment, c’est que les différents échecs infligés aux soldats maliens ont montré que l’armée malienne est impuissante face à la situation. En témoigne également l’arrivée des mercenaires russes pour prêter main-forte. Pourtant, le contraire est impensable. Le pays de Poutine ne viendra pas demander une assistance militaire aux autorités maliennes.

Si la présence russe au Mali pour sauver la paix est la matérialisation d’une négociation antérieure au coup d’Etat, force est de constater que c’est sous la transition du colonel Goïta que l’effet prend. La conséquence financière fait trembler car elle est énorme. Une nouvelle dette s’impose. Au lieu de former une armée républicaine aguerrie pour riposter à la puissance de feu ennemi, à quoi sert de miser des sommes astronomiques pour faire intervenir des commandos russes ? La prestation est dispendieuse et les générations futures auront à payer une dette pour un trou budgétivore. C’est absurde quand même. C’est normal aussi. Quand on est conscient de sa faiblesse face à un adversaire musclé, l’instinct de survie suggère de faire appel à une force robuste. Le bon Dieu même veut que les forts viennent en aide aux plus faibles.

Dans cette affaire, le côté politique suscite la curiosité. La transition a montré qu’elle peut se démarquer du soutien poussiéreux de la France pour traiter avec une autre puissance. C’est un acte courageux pour le colonel, il faut le souligner. Et c’est un fait gênant pour la France, il faut le remarquer. Le vagabondage russe occulte le vagabondage français. Ce n’est pas pour rien que la France est là, elle défend ses intérêts dans le sahel et peu importe la vie des noirs que ses drones prétendent protéger. Un africain qui meurt est un être sans valeur qui disparaît. Cette réalité écœure plus d’un et l’on comprend alors la colère de monsieur Goïta.

Cependant, il doit faire très attention. Des compatriotes sont inquiets pour sa vie. A partir du moment où il a coupé le lien avec le pays colonisateur, il peut être traité comme hostile à l’intérêt hexagonal. Et on ne sait de quel côté peut venir la tempête de sabotage pour chavirer la transition. On se souvient de la tentative d’assassinat contre lui dans une mosquée. Cela est passé et il est en sorti indemne. Mais, cette tentative n’est pas la dernière. Il reste des flèches dans le carquois. Le meurtrier qui a frappé hier peut frapper aujourd’hui ou demain.

Pour avancer face aux obstacles, la prudence doit être de mise. Goïta lui-même est mieux placé pour savoir que la fonction présidentielle demande un grand courage, ainsi qu’il doit se rendre compte qu’il ne doit pas céder la place à l’intimidation.

Il est courant de dire : c’est l’homme qui a peur sinon il n’y a rien. Dans cette optique, pour une réussite bienfaisante qui offre des lendemains meilleurs à la population malienne, la transition en vigueur n’a pas droit à la moindre maladresse, mieux elle peut adhérer à l’idéologie sankariste. « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! » Tel est le chemin que Sankara a tracé pour ouvrir les yeux à son peuple et exécuter le schéma de développement national.

A ce que l’on dit, le président Paul Kagamé s’est basé sur les acquis du modèle révolutionnaire pour faire prospérer son pays. En 1983, le capitaine Thomas Sankara a pris le pouvoir, au moment que Assimi Goïta venait de naître. Il a fustigé l’impérialisme et a invité son peuple à se rendre autonome. Il n’a pas volé une seule monnaie de la caisse de l’Etat et il a su rester digne. Aucune idée ne lui venait d’aller piller le trésor public. Il faut être un grand patriote et un président invulnérable pour accepter ce train de vie austère.

Sankara n’a pas eu de maison mais les gens qui dorment dans les cités savent que les villas viennent de la construction du plan quinquennal. Icone inoubliable, il continue de faire la fierté de son pays et de toute l’Afrique en quête de l’émancipation pour se débarrasser du joug colonial. Homme de conviction, il est resté fidèle et le but du conseil national de la révolution avait une portée panafricaine, à savoir la libération générale des noirs et de toute l’Afrique. Unique en son genre, il est l’allié d’un génie qu’aucun autre militaire ne peut imiter dans le monde entier. Néanmoins, Assimi Goïta peut puiser des recettes dans le patrimoine sankariste pour résoudre la crise sécuritaire et autres priorités nationales.

Des institutions supranationales se lèveront pour dire que la démocratie est remise en cause. Des organisations internationales emboiteront le pas. Mais, ce n’est pas la faute d’Assimi Goïta. Pour la CEDAO, elle n’a jamais eu de sanction contre les dictateurs qui aspirent à des mandats interminables pour rester au pouvoir. Hélas, elle a la ferveur de critiquer les coups d’Etat. La même CEDAO oublie que chaque peuple a le droit de disposer sur la gouvernance qui sied. Avec une gamme de bêtises dans la valise ou des mesures par euphémisme, une délégation débarquera au Mali. Monsieur Goïta doit savoir la conduite à tenir pour ne pas prêter le flanc à un agenda que cette communauté économique feuillètera sur la table des négociations.

Les grandes erreurs allument les grandes réactions. Les présidents africains ont intérêt à changer leurs vices en vertus s’ils ne veulent pas avoir affaire à des militaires qui les obligent à sortir par la petite porte de l’histoire. L’exemple malien a pour échos l’exception guinéenne. Dans un pays où le président personnalise le pouvoir et se réserve le droit diabolique d’opprimer les populations, il est logique que les militaires montent au créneau pour apporter la délivrance. Dès lors, le peuple voit d’un bon œil et comme un événement libérateur le coup d’Etat qui intervient. Chaque coup d’Etat se justifie incontestablement et les raisons qui légitiment son avènement sont solides. C’est ce qui a fait parler un intellectuel de haut vol. Ancien professeur de l’université de Ouagadougou, monsieur Laurent Bado prône les coups d’Etat libérateurs. L’expression est de lui et il faut être intrépide comme lui pour parler ainsi au moment où la liberté d’expression était une chimère sous le régime de l’ex-président Blaise Compaoré.

Faire un coup d’Etat est une chose, gérer une transition est une autre chose. Le président Assimi Goïta est un homme averti, il devra se garder de toute dérive. Il incarne l’espoir de son pays qui attend la rénovation. La tâche est gigantesque et toute la communauté internationale suit de près. On ne peut que souhaiter le bonheur et la paix à notre époque.
Vive le Mali !

Cyrille Ouédraogo, écrivain

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