Mali: Média, radio, quand la Russie nous censure

En mars, suite au massacre d’Ogossagou (au moins 157 morts), Mahmoud Dicko, ancien président du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) décide d’organiser une manifestation. Au cours de ce regroupement, des dizaines de milliers de personnes avaient justifié une action de la Russie au Mali en dénonçant  « l’incapacité du pouvoir en place à résoudre les problèmes sécuritaires et sociaux« .

Aussitôt dit, aussitôt fait ! La première étape du plan russe pour le Mali démarre ! Courant juin, les deux pays ont signé un accord de coopération militaire. Ces dernières années, les russes ne cessent de charmer le continent africain, à l’image du Forum économique Russie-Afrique à Sotchi les 23 et 24 octobre. Cette collaboration Russie- Afrique pourrait être précieuse pour ces pays.

Mais lorsque la Russie met le pied dans un pays, cette dernière sous couverture d’aider le gouvernement, positionne ses conseillers politiques. Eh oui, dès lors que des accords sont signés avec la Russie, le pays, le gouvernement devient un pantin. En fait, elle n’est la que pour exploiter les ressources. Par exemple, au Mozambique, certaines sources soulignent que «l’appui sécuritaire de Moscou se paye en promesses de contrats (…) dans l’énergie et les métaux rares » et non pour aider les populations.

Dans le même temps, les outils de communication et d’information deviennent alors la cible prioritaire des russes car il constitue un terrain de jeux d’influence, de manipulation et de propagande. De plus, leurs pseudos consultants, experts en manipulation, proposent aux autorités locales leur expertise en matière d’affaires publiques et de communication auprès des populations.

Au Mali, leur action d’emprise et de manipulation se concrétise déjà notamment au travers des articles pro-russes qui ont été publié dans nos journaux ces dernières semaines. Pour preuve de cette stratégie de manipulation en Afrique, le 30 octobre 2019, moins d’une semaine après le sommet de Sotchi, Facebook a supprimé et bloqué près de 35 comptes, 73 pages et 7 groupes de discussion pilotés depuis la Russie pour des campagnes de manipulation de l’opinion publique africaine.

Le Mali constitue une cible particulièrement intéressante pour la propagande russe. En effet, dans ce pays de tradition orale, la radio devient le terrain de jeu prioritaire. Aujourd’hui, le Mali comptabilise plus de 170 stations de radio privées, ce qui constitue l’un des réseaux de radio communautaire les plus puissants d’Afrique. Quoi de mieux pour la Russie que de rependre ses messages d’influence par l’intermédiaire de ce média ? A l’aide de pot de vin, en effet, une « prime » permet toujours de mieux vivre et cela se refuse rarement. Le personnel de ces radios risque ainsi de jouer le jeu des russes.

La capacité d’influence russe, n’est plus à prouver ! La violence, l’argent ne sont qu’une partie de ce qui est visible en matière de manipulation.  Effectivement, plus insidieux, la Russie aime investir dans des projets éducatifs et scolaires au sein desquels elle dispense des cours, notamment en russe  (dans  ces établissements le français est  à proscrire). Ce  type d’établissements, en plus de favoriser un lien affectif avec le kremlin, pousse la jeunesse à rejeter toute forme de culture francophone.

Bien connue pour ses manœuvres d’influence la Russie se prépare sans doute à réaliser une opération d’envergure  visant les radios locales et communautaires au Mali. Cette opération va nuire à la liberté d’expression du peuple malien. Or, celle-ci est essentielle pour que notre pays grandisse et se développe. La diversité des opinions est une richesse dont le Mali ne peut pas se passer.  Pour un Mali fort, il faut une diversité d’expression.

Mamadou Bare

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