Observation de la lune: chaque année la même polémique chez les musulmans maliens

Le Mali célèbre ce 3 juin la fête qui sanctionne un mois de carême musulman. Cette année, comme les précédentes, la communauté musulmane est divisée sur la date de la fête.

Au cours de la journée du dimanche, les bœufs étaient égorgés quasiment partout au Mali. Pourtant, rien n’indiquait au moment où ces bêtes étaient immolées que la fête sera effectivement ce lundi. Peu importe, les collectifs avaient décidé de se partager leurs viandes, quitte à prendre le risque d’être confrontés à un problème de conservation de la chaire dans l’hypothèse où la fête se tiendrait au surlendemain. Pour certains, il s’agit de prendre de l’avance pour ne pas être pris au dépourvu le jour de la fête.

Beaucoup d’autres pensent cependant que c’est une manière de faire en sorte que la fête coïncide coûte que coûte au lendemain. Comment, sommes-nous tentés de nous interroger ? Mais le fait est que la confiance est rompue entre musulmans maliens. Rares sont les années où le Mali a jeûné 30 jours. Une situation qui étonne les sceptiques et fonde leur doute sur l’observation effective de la lune à toutes les fois que c’est annoncé par la commission ad hoc composée d’érudits.

C’est cette commission qui a jugé nécessaire d’informer les fidèles musulmans maliens du début du ramadan très tard dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 mai. Les jeûneurs ont appris la nouvelle qu’au moment du repas de l’aube, vers 3 heures et 4 heures du matin. Un début chaotique qui a exacerbé les tensions autour de la question. Cette manière d’annoncer une nouvelle qui aurait pu l’être plutôt a irrité plus d’uns. Même si certains se sont sentis obligés de commencer le jeûne dans cette frustration, beaucoup ont tout simplement choisi de boycotter cette décision.

L’observation de lune de la fête n’a pas été le même fiasco que le début du ramadan. Cette fois-ci, elle a été aperçue à plusieurs endroits, à Bamako et à l’intérieur du Mali. Et l’annonce a été faite très tôt dans la soirée. De quoi amoindrir la polémique, sans l’éteindre.

Dès le début, les musulmans maliens étaient divisés. Ils ne peuvent que l’être à l’arrivée. Parmi ceux qui ont commencé le jeûne le lundi 6 mai, certains rejoindront certainement la décision de la commission et s’acquitteront plus tard de la dette d’un jour de jeûne que cela implique.

Les plus radicaux sont déterminés à terminer le ramadan à leur entendement. Ce n’est que dans la soirée de ce 3 juin qu’ils commenceront à chercher la lune. Ils sont d’autant convaincus de leur direction que ces derniers jours ils estiment avoir eu la preuve qu’ils sont sur la bonne voie avec l’observation de la lune deux jours avant la date de la fête dans certaines localités. Cela veut dire, selon eux, que la fête est forcément entre le mardi et le mercredi car la lune ne devrait pas être visible à deux jours de la fête.

Autre argument, les pays de la sous-région célèbrent tous mardi ou mercredi. À l’annonce de l’observation de la lune sur le compte Twitter de malivox.net, la surprise de nos amis sénégalais illustre assez bien l’exception malienne. Nos voisins de la Teranga avaient cru que notre pays s’apprêtait à fêter après 28 jours de carême. Ils ignoraient que nous avons commencé un jour avant eux. Le Mali est devenu depuis dimanche, l’un des sujets favoris de la twittosphere sénégalaise.

En la matière, l’Islam est pourtant clair. La responsabilité de l’erreur ou une éventuelle tromperie incombe à ceux chargés d’informer le public de l’observation de la lune. Les fidèles, eux, n’ont rien à craindre d’Allah s’ils commencent ou arrêtent le ramadan après une fausse alerte. Cela n’altère en rien non plus leurs bienfaits accumulés au cours du mois béni. Le choix le plus judicieux reste de suivre les leaders religieux. Après tout, que serait la religion, une adoration dogmatique, sans la confiance mutuelle ?

Malivox.net

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