Secteur phare de « l’industrie sans cheminées » ; quel avenir pour le tourisme en Afrique après la Covid-19 ?

QUAND LES CLASSES MOYENES DES VILLES REVENT DE DECOUVRIR LE MONDE

A travers la démocratisation, l’Internationalisation et la massification du tourisme. Reflet d’une mondialisation pacifique qui devait permettre « paix et développement ».

 Le tourisme représentant 22% de son PIB, le Cap-Vert est de ces économies que la pandémie de Covid-19 a plongé dans l’agonie. Par La Tribune Afrique 18/03/2021,

Avec l’interdiction officialisée des spectateurs venant de l’étranger aux JO cet été, les professionnels du tourisme au Japon ont quasiment fait une croix sur l’événement et attendent des jours meilleurs. LE FIGARO 22 Mars 2021.

LES « INDUSTRIES SANS CHEMINEES » ALTERNATIVES SERIEUSES A L’INDUSTRIE CLASSIQUE ?

Aucun pays au monde ne s’est développé sans passer par une phase d’industrialisation. Cette loi qui est maintenant la sagesse conventionnelle, soutient que l’industrialisation est la seule voie vers un développement économique rapide pour les pays en développement, la Chine étant l’exemple type. Mais, devant les difficultés évidentes des pays africains à entrer dans cette phase d’industrialisation, des chercheurs se sont demandés et si cette loi peut ne pas s’appliqué à l’Afrique ou ne s’applique plus.

Ils ont identifié des secteurs de services modernes qui présentent les mêmes caractéristiques que les industries et qui ont la capacité à transformer l’économie de ces pays, qui pourraient ainsi contourner le secteur manufacturier et est passés directement de l’agriculture aux services. La question est de savoir si la croissance des services peut être un moteur de création d’emplois et réduction de la pauvreté comme le ferait l’industrialisation ?

Les secteurs identifiés appelé « Industries sans Cheminées », sont composés de l’agro-industrie, de l’horticulture, du tourisme, de certains services aux entreprises y compris les services basés sur les TIC et des services de transport et de la logistique. Voir le chapitre 3 du rapport « Foresight Africa 2020 » de Brookings Institution.

Sur ces secteurs d’activité, l’horticulture et le tourisme qui étaient en pleine croissance en Afrique et dans le monde jusqu’au mois de mars 2020, se sont relevés très vulnérables face à la pandémie de la Covid-19. Une crise majeure qui pose le problème de leur survie, surtout pour le tourisme international qui dépend du transport aérien avec des avions cloués au sol depuis plus d’un an.

LE TOURISME UNE ACTIVITE ECONOMIQUE MAJEURE EN PLEINE CROISANCE DANS LE MONDE

Selon le « mooc Tourisme durale », en 1950 le taux de départ en vacances de long séjour en France se situe aux alentours de 10 %. Ce qui signifie que 90 % de la population à cette époque ne pratique pas de tourisme international. Entre 1950 et 1980 on observe une très forte évolution puisque en 30 ans un peu moins de 60 % de la population séjournant en France est partie en long séjour. En 2019, on compte de par le monde, un milliard de touristes internationaux chaque année, deux à trois milliards de touristes nationaux, 319 millions d’employés lorsque les impacts directs, indirects et induits sont pris en compte, 10,4 % du PIB de la planète : le tourisme est devenu en une vingtaine d’années un phénomène à la fois économique, social et politique d’une ampleur considérable.

Les métropoles de rang mondial représentent les points de départ, de passage et d’arrivée des mobilités touristiques nationales comme internationales et le tourisme trouve dans la variété des fonctions sociales, économiques et culturelles des contextes urbains un terrain privilégié pour son développement, soit quantitatif, soit qualitatif. Ainsi, les pays développés se placent parmi les cinq premiers récepteurs des touristes internationaux en 2018 avec 90 millions de touristes internationaux pour la France qui occupe le premier rang mondial, l’Espagne avec 83 millions, les Etats-Unis avec 80 millions occupent la deuxième et troisième place, l’Italie 62 millions se classe cinquième tandis que la quatrième pace revient à la Chine avec 63 millions de visiteurs.

Les touristes sont issus majoritairement des classes moyennes des pays développés et émergents et de plus en plus de retraités de ces pays développés qui ont les moyens financiers et le temps pour se déplacer partout dans le monde.

ETAT DU TOURISME EN AFRIQUE AVANT LA CRISE SANITAIRE

En Afrique, selon « JUMIA Hospitality Report Africa 2019 3rd edition », en 2018, le continent a accueilli 67 millions de touristes internationaux (+ 7% d’augmentation), contre 63 millions en 2017 et 58 millions en 2016. Ce record de croissance a placé l’Afrique au deuxième rang région touristique dans le monde, avec une croissance de 5,6% en 2018 après Asie-Pacifique et contre un taux de croissance moyen mondial de 3,9%. Ainsi, les voyages et le tourisme restent l’un des principaux moteurs de croissance de l’économie du continent, contribuant à 8,5% (ou 194,2 milliards de dollars) du PIB en 2018 ; de 8,1% et 7,8% en 2017 et 2016 respectivement.

UN SECTEUR A HAUTE INTENSITE DE MAIN-D’OUVRE

Le secteur a généré 24,3 millions d’emplois en 2018 contre 22 millions en 2017. Il faut souligner que le tourisme est un secteur à haute intensité de main-d’œuvre tout comme l’industrie légère.

De plus, plusieurs secteurs d’activités convergent aux développement du tourisme : l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment et travaux public, les infrastructures et services de transport, les infrastructures et services des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), la sécurité, l’électricité, l’eau, les sports, les arts et la culture, etc.)

Les loisirs restent la composante la plus importante de l’industrie du tourisme en Afrique, avec 71% des dépenses touristiques en 2018 contre 29% pour les affaires (les congrès et les conventions d’entreprises, les séminaires et réunions, foires, salons et expositions, etc.). Avant la crise de la Covid-19, ce secteur du tourisme était le moins développé en Afrique principalement à cause du manque d’équipements dédiés (parcs des expositions, Palais des congrès, etc. et parce que le développement de ce secteur est lié au niveau de développement économique.

Quant à l’offre touristique, elle concerne les ressources touristiques des territoires dont ; l’offre culturelle, de loisirs, sportive, le tourisme urbain ou de patrimoine et rural, le tourisme balnéaire ou encore le tourisme de montagne (mont Kilimandjaro au Kenya, …).

LE TOURISME ; D’UNE ACTIVITE D’ARISTOCRATES ANGLAIS A UN PRODUIT DE CONSOMMATION DE MASSE NUISIBLE POUR LES SOCIETES HUMAINES ET LEUR ENVIRONNEMENT.

 Historiquement, le tourisme a d’abord été une pratique culturelle de l’aristocratie anglaise. Le « Grand Tour » désignait au XVIII siècle le voyage initiatique d’un an, à travers l’Europe, des jeunes aristocrates britanniques. L’étape italienne et l’art classique étaient obligatoires et, à leur retour, les jeunes hivernaient sur la Côte d’Azur avant de passer les Alpes, créant, par exemple dans la région niçoise, une véritable colonie britannique et une nouvelle économie (Résidences, services, routes…dont la Promenade des Anglais). Ces jeunes voyageaient pour découvrir l’Europe mais aussi pour faire du lobbying auprès des grands de ce monde qu’ils rencontraient, tel était le double objectif du tourisme pour cette petite élite.

Le tourisme tel que nous le connaissons émerge au cœur du XIX siècle. Dans les années 1840,

Thomas Cook crée des voyages organisés sur le territoire britannique. Son activité se développe grâce à l’Exposition universelle de Londres, en 1851, premier événement à susciter d’importants mouvements de populations pacifiques. À l’orée du XX siècle, l’entreprise Thomas Cook & Son apparaît comme un leader mondial du tourisme.

Mais le tourisme se démocratise dans les pays développés avec l’instauration du droit aux congés payés. Dans de nombreux pays européens, les congés payés vont êtes inscrits dans la loi dans le courant des années 1930 et deviennent une obligation légale.

Le développement de cette activité va s’accélérer et se massifier avec l’amélioration et la diversification des moyens de transport. Notamment au niveau du chemin de fer qui va devenir plus économiquement accessible, plus rapide et plus confortable. Cette réduction du temps, du prix et de l’inconfort du voyage va avoir pour conséquence une diffusion spatiale du tourisme ainsi que le développement ou la consolidation de certaines destinations touristiques. De même la diffusion de la voiture individuelle et le développement des voies de communication dans les années 50-60 va jouer un rôle important dans la création et la consolidation de destination touristique et le développement des loisirs de proximité.

Enfin, il faut bien entendu souligner le rôle très important du transport aérien. D’abord avec la multiplication des lignes aériennes car l’avion devient moins cher, moins inconfortable et enfin, la réduction des coûts avec les compagnies aériennes à bas prix (low cost). Le «low cost» est un modèle novateur de concurrence, qui repose sur une équation simple : simplifier les produits et services, pour diminuer les coûts et les prix. Ce modèle se distingue de pratiques commerciales telles que les promotions, les soldes, les prix d’appel, consistant simplement à baisser occasionnellement les prix, sans s’attaquer à la question des coûts de production et à la redéfinition des besoins des consommateurs.

La massification du tourisme de ces dernières décennies a pour conséquence directe l’augmentation importante de nombre de touristes. La quantité de personnes voyageant dépasse les capacités d’absorption écologique et sociale du globe et serait à l’origine des principaux maux associés à cette activité. La surfréquentation touristique générée par l’augmentation substantielle du nombre de touristes engendrerait une trop forte pression touristique ce qui rendrait ce phénomène particulièrement nuisible pour les sociétés humaines et leur environnement.

Les critiques à l’encontre du tourisme concernent de multiples aspects mais les critiques les plus entendues sont relatives aux effets négatifs du tourisme sur l’environnement. Ce sont :

•      la dégradation des littoraux ou des espaces naturels ;

•      la pollution des eaux ;

•      l’absence de traitement des déchets produits par les touristes sur les lieux de fréquentation ;

•      ou encore la croissance importante des croisières en Europe.

Mais ces critiques concernent surtout les pressions du secteur sur des ressources naturelles en voie de raréfaction. Pensons alors à l’arrosage de golfs en régions arides, aux canons à neige artificielle en altitude, aux accaparements privatifs de terres fertiles ou de « milieux préservés », etc.

 L’AVENIR DU TOURISME EN AFRIQUE VERS UN TOURISME DURABLE

Le tourisme fait face à plusieurs enjeux dont les impacts du numérique, les critiques à l’encontre du tourisme de masse et la crise sanitaire de la Covid-19.

Ces problèmes bien réels ne doivent pas faire oublier les effets considérés comme positifs et vertueux du tourisme. Le tourisme est le reflet d’une mondialisation pacifique et heureuse, et est perçu comme un moyen d’émancipation sociale, comme un moyen privilégié d’accéder à une liberté de l’usage du temps et de l’ailleurs, un moyen de découverte d’autres cultures ainsi que d’autres réalités géographiques. D’un point de vue économique, il a souvent été considéré comme l’espoir des territoires en crise et des Etats insulaires.

Pour maintenir ses effets positifs et pour un tourisme durable, une nouvelle gouvernance doit être imaginée et mise en œuvre, avec pour acteur principal ou chef d’orchestre, les gouvernements nationaux. Chaque ressource touristique étant unique, la définition d’une politique de régulation forte par zone et site touristique est le chemin à suivre. Des études d’impact environnemental et social par site aideront à créer les outils et de disposer des indicateurs nécessaires à l’aménagement des sites, à la gestion optimale des touristes et des activités touristiques. Les stratégies de régulation et l’adoption d’outils appropriés à la gestion des ressources touristiques, sont les clés pour un tourisme durable, respectueux des population hôtes et de l’environnement.

Le moment est donc maintenant pour se mettre et bien se préparer pour espérer bénéficier de l’effet rebond de l’après covid-19 (des personnes confinées avec de l’épargne non utilisée voudront se rattraper avec des voyages sur de longues distances) et des nouvelles possibilités offertes par le numérique pour une promotion efficace et à moindre coût.

De plus, l’Afrique doit mettre l’accent sur le tourisme local et continental. La croissance d’une classe moyenne africaine ainsi que la mise en œuvre des accords établissant la zone de libre-échange continentale africaine, doivent favoriser la mobilité de touristes africains en nombre, aux pays africains.

TENIR COMPTE DE L’IMPACT DU NUMERIQUE

Le numérique pourrait être un outil de promotion capable d’atteindre un public très vaste à titre quasiment gracieux. Le secteur devrait s’en servir pour valoriser les sites africains menacés de disparition. Applications mobiles, réseaux sociaux, blogs, sites, …. Voilà des instruments que d’autres continents utilisent désormais pour vivifier ou promouvoir leurs sites touristiques. Avec le numérique, le tourisme ne consiste plus à dire : « Il faut s’y rendre pour voir », plutôt, « il faut d’abord voir avant de s’y rendre ».

Ces nouvelles possibilités ne doivent pas faire oublier la pression sur les hôtels qui constituent des investissements structurants, par des plateformes comme Airbnb. En effet, Airbnb met à disposition une plate-forme technologique unique pour permettre à des millions de personnes dans le monde de débloquer et de monétiser de manière économique leurs espaces, leurs passions et leurs talents pour devenir des entrepreneurs de l’hôtellerie. Alors que le tourisme devient un pilier de plus en plus important des économies locales, Airbnb s’engage à assurer que ces communautés et leurs résidents restent les principaux bénéficiaires. « Airbnb travel summit Africa, 2018 ».

Toutefois, une bonne stratégie de régulation pourrait orienter judicieusement ces activités pour compléter l’offre d’accueil des hôtels dans les zones en déficit.

 APPRENHENDER L’APRES PANDEMIE DE LA COVID-19

Le tourisme de l’après covid-19 se fera en plusieurs étapes :

–       D’abord une étape « effet rebond » ou de rattrapage, avec des déplacements massifs des personnes déconfinées ;

–       Ensuite une étape de normalisation ;

–       Enfin une étape de définition d’une nouvelle gouvernance du secteur et de renforcement des régulations.

FIENI Antonin YAO

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